Article de la Nouvelle République

contributeur: Jean-Michel Galmiche, journaliste

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Récital du 22 mai 2011 à L'église Saint Lubin de Prénouvellon

contributeur: Pierre Jacquin, auteur du programme et Georges Khomiakoff, photographe

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PROGRAMME

« De la naissance du romantisme à son apogée »

                                           

 

Franz SCHUBERT .Impromptus posthumes D946

 

1e impromptu

 

La pièce s’ouvre sur un galop fiévreux, bouillonnant, qui serait proprement endiablé s’il n’enfermait pas tant de tendresse cachée qui se dévoile limpidement dans une seconde phase apaisée, contemplative, sereine. Mais le thème initial revient qui s’apaise  sur un lumineux mélange de majeurs et mineurs qu’il recouvre bientôt en effectuant sa troisième rentrée, comme s’il était à la poursuite d’un souvenir qu’il tremblerait de perdre à jamais. Et c’est in extremis que la sérénité l’emporte.

 

2e impromptu

 

C’est sur une apparente badinerie que s’enroule d’emblée cette pièce, badinerie que l’on dirait volontiers viennoise en songeant à la ville natale du compositeur. Mais la nostalgie est là, pudique, ombrée,  qui développe modestement un soupçon de fugue, ce qui n’est rien moins que viennois. Et les traits s’accélèrent  pour s’affiner en polyphonie lyrique et, au terme d’une rapide coda, s’ouvrir à une fin apaisée.

 

 

3e impromptu

 

C’est en entrée un chant doux qui se chante sans y penser, comme allant de soi. C’est l’apogée de la simplicité et de la spontanéité schubertiennes. Surgit alors de façon imprévue une arabesque angoissée et révoltée. Au fait, quelle spontanéité pourrait se défendre d’enfermer des surprises ? Bientôt de retour, la sérénité s’épanouit jusqu’au terme de la pièce, teintée peut-être d’un peu de nostalgie, mais fondante de douceur.    

 

 

Robert SCHUMANN. Scènes d’enfants op.15

 

Successivement : Gens et pays d’ailleurs ; Curieuse histoire ; Colin maillard ; L’enfant suppliant ; Bonheur parfait ; Evénement important ; Rêverie ; Devant la cheminée ; Cavalier sur cheval de bois ; Presque  trop sérieusement ; Le croquemitaine ; L’enfant s’endort ; Le poète parle.

 

 

Ecrites en 1838 lorsque Schumann se voit refuser par le père de Clara Wieck la main de sa fille dont le musicien s’est épris d’une passion sans bords,  ces treize miniatures, bibelots de finesse et d’humour tendre, sont en parfait contraste avec le désespoir qui suivit ce refus de celui qui, deux années plus tard, deviendra tout de même son beau-père à son corps défendant. Il reste que la souffrance n’est pas l’unique lot des romantiques : Schumann écrit à propos de ces pièces : « Ces treize petits machins ont été conçus par un grand enfant » C’est dire toute la fraîcheur qui survit heureusement dans une tête qui brûle de désespoir.

 

 

Franz LISZT. 2ème Ballade

 

Même brèves, comme la présente ballade, les œuvres génésiaques de Liszt jettent les strates d’immenses architectures où l’effroi et la félicité se livrent d’impossibles combats au travers du  chant acharné d’un cœur nu qui  s’épanche successivement dans la tourmente, l’apaisement, la rêverie d’espoir, la nostalgie de regret, la terreur des ténèbres, la joie folle puis tendre de la lumière retrouvée.

 

Au delà d’un évident romantisme qui ne ménage pas ses phases expressives, les colore sans répit d’un lyrisme intense de violence ou de douceur au sein d’une technique pour le moins complexe, se forge ici une authentique épopée cosmique. Elle emmènera progressivement l’auditeur, sans rupture, tout au long d’une pièce  échevelée, haletante, vers l’apaisement final d’un chant à mains jointes qui, en s’émancipant progressivement des montées et descentes chromatiques de la main gauche (ténèbres, néant, abysses, géhenne… le mot n’importe pas), fera éclore puis fleurir, au terme d’une haute lutte lyrique, une harmonie quasi immatérielle, que l’on dirait presque surhumaine.

 

A ce point d’élévation, Liszt se révèle un pur mystique  sans chapelle ni messie qui n’a que son seul génie à offrir à cette fusion incandescente de l’être de l’homme et de l’essence de l’univers enfin réconciliés.

Pierre JACQUIN

 

 

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