Claire Billot-Jacquin dans la Sonate op. 35

contributeur: Pierre Jacquin, auteur - Georges Khomiakoff, photographe

Claire Billot-Jacquin dans la Sonate op. 35

Le 3e mouvement  de la  2e Sonate de Chopin est une marche funèbre qui se développe sur un rythme obsédant. La mort n’est plus au futur immédiat mais au présent éternel.

 

Survient la partie médiane, un chant en brève halte qui dit un apaisement total, une complète sérénité qui ne connaît ni joies ni peines mais un repos inconnu. C’est l’oubli de tout, la mort vue de l’intérieur. L’âme fiévreuse de Chopin a composé la mélodie la plus désincarnée qui soit,  un chant sans voix, comme un cristal immatériel.

 

 Le 4e et dernier mouvement n’est plus du tout de ce monde. Tourmenté sur le registre de la sourdine, il est proprement halluciné et hallucinant, le plus souvent atonal. C’est un ailleurs en éternité dont on pourrait au mieux espérer qu’il n’existe pas. Ce n’est pas une éternité théologique chargée dont ne sait quels espoirs ou promesses. C’est la résonance du vide en sifflement éternel.

  

 

Cette musique n’a plus rien d’humain. C’est une vision intemporelle qui ne s’inscrit dans aucune durée, qui n’habite aucun espace. Elle peut retentir une minute ou deux siècles, c’est la même chose. Elle est un tourbillon à la fois glacial et brûlant. Elle n’existe pas et elle hante.

On ne sait pas ce que c’est.

Frédéric Chopin, visionnaire du passé,  a une unique fois interrogé l’avenir.

Et c’est alors qu’il a entendu l’inaudible.

 

Pour écouter le 3e mouvement :

http://www.claire.billot-jacquin.fr/index.php?cat=00036