Frédéric Chopin, Préludes n° 1 à n° 8

contributeur: Claire Billot-Jacquin, interprète et auteur des "Notes de travail"

(preludes 1 a 8.mp3)

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Notes de travail, le 14 août 2013

 

Prélude n°1. Do Majeur.

"Naissance.

Elan premier et passionné.

Travailler lentement : dégager les chants, pouces et cinquièmes doigts en échos puis unis.

Pétrir. Aller profondément dans le son.

RONDEUR.

TIMBRES."

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Prélude n°2. La mineur.

"Complainte.

Dégager legato le chant en croches de la main gauche : tel est le fil conducteur.

Ondulations lentes, pleines ("si la si sol et si la si sol" .... "2324" ...) Appuis lents et profonds. Mouvements latéraux du poignet pour "5151" et tiroirs pour le chant.

Le chant de la main droite : il est douloureux, profond. Timbre : LONG.

Toujours : écouter les notes longues, douloureusement méditatives de la main droite et entendre à l'intérieur chanter les croches de la main gauche.

Respirations larges et expressives.

Pédale de droite très à l'écoute ( entière ou 1/4 ou vibration ...)" 

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Prélude n°3.  Sol Majeur.

"Comme un ruisseau au printemps.

La main gauche est fine, légère, perlée.

La main droite est cristaline, précise.

Vent dans les feuilles.

Chant d'oiseau.

Eau éclaboussant les roches.

Lorsque la simplicité naît, un sourire recueille l'instant ."

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Prélude n°4. Mi mineur.

"Plainte douloureuse, poignante, née d'un coeur gonflé de larmes retenues, libérées en un unique sanglot puis repliées à l'intérieur de soi, au lointain le plus inaccessible de soi.

Préparer la main gauche :  main et poignet "abandonnés",  poser les doigts sur l'accord. Jouer les notes de l'aigu vers le grave en répétant chacune d'elles quatre fois , les deux autres notes étant muettes. Le poignet est souple, l'enfoncement profond, sans dureté.

Reprendre le même chemin, mais en jouant deux notes à la fois, la troisième étant muette.

Poursuivre en jouant l'accord complet mais en laissant chanter en dehors tour à tour la note aiguë, puis medium, puis grave.

Aucune tension dans les doigts, le poignet et le bras.

Alors, en silence, rendre hommage au Maître qui pour nous, un jour, traça ce chemin..."

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Prélude n°5, Ré Majeur

"Léger, virevoltant.

Un jardin, l'été ; des enfants jouent.

Brise dans les feuilles.

Soleil doux.

Lumière dansante.

Technique d'extansion et vide des coudes. Rotation dans les grands intervalles.

Fermeté des phalangettes.

Mais : douceur du toucher et vivacité.

Conscience des mouvements de bras parallèles ou en miroir, qui s'éloignent ou se rejoignent.

Conscience des tiroirs parallèles ou contraires ...

Jeu chorégraphique des bras et des mains, en un équilibre gracieux."

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 Prélude n°6. Si mineur

Sobriété dans la tristesse, en ce chant venu d'ailleurs ; nostalgie noyée de brumes qui résonnent dans le corps et dans le coeur d'un jeune homme écrasé de mélancolie.

Main gauche : rondeur enveloppée de pédale. Legato absolu. Expression d'une sincérité dénudée, abandonnée...

Main droite : battement de coeur, mouvement intérieur. Guider le timbre de la deuxième croche. Reprise de son et respiration du poignet.

Cette image encore, peut-être ? Celle d'une jeune femme morte, portée une dernière fois par les bras de celui qui l'aimât sans réserves ?

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Prélude n°7. La Majeur

"Vision suspendue, hors du temps.

Des paillettes d'or cristalisées sur cette vision, souvenir d'une danse - un instant de bonheur.

Vulnérable ...

Comme jaillie dans l'instant et vécue dans cet unique instant, éternelle, une mazurka s'esquisse, s'estompe, s'évanouit.

Una corda et pédale forte. Phalangettes très fermes. Douceur et clarté du timbre. Luminosité pure autant que voilée."

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Prélude n°8. Fa # mineur

"Elan passionné, ardent, exalté, apeuré, terrifiant, heureux, bouleversé, empli d'espoir et de désespoir, de lumières aperçues puis brisées. Souffle né de l'amour entrevu, espéré, perdu dans la plus intime des passions et des tendresses.

Main gauche : respirations incessantes du poignet, doigts lancés, decrescendo renouvelé à chaque groupe de "triolet de double-croches, croches". Longues nuances inscrites dans les phrasés. Précision des pouces. Précision du rythme. Clarté du toucher. Rebondir par les 5ièmes pour revenir aux 1iers.

Main droite : liberté du coude, du poignet : vers les octaves, déliés.A l'intérieur : clarté et précision des six triples croches pianissimo mais comme en tirant vers soi les touches (souplesse). Le chant : réalisé par les pouces mais sans exagération. Sentir l'élan de la dernière double croche du temps vers la croche pointée du temps suivant. Murmure qui grandit ...

Alors : plonger dans le piano, mains unies l'une à l'autre ! Poids des doigts, des bras, des l'épaules, du buste, du corps tout entier. Importance vitale des respirations qui ouvrent l'élan. Ne rien raidir. Fluidité, même dans les plus intenses émotions.

Questionnements, comme un brasier incandescent."

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 Enregistrement réalisé à St Agil, en direct, le 13 octobre 2013

sur le Gaveau de 1905 restauré par Henri Grandjacques.

 

Gaveau-photo-diminuee

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