Frédéric Chopin, Prélude n°15

contributeur: Claire Billot-Jacquin, interprète et auteur des "Notes de travail"

(15e preBA.mp3)

 Prélude n°15, Ré b Majeur

"Limpidité d'un chant clair, frais, aux ondulations harmonieuses teintées de mélancolie tendre.

Coeur libre de chanter.

Ciel ouvert sur la pureté.

Ciel qui se couvre. Dans les montagnes des nuages s'amoncellent. L'air devient pesant, orageux. Des grondements lointains vrombrissent, se cognent en échos aux parois rocheuses. Ils s'intensifient, se rapprochent. Le vent arrache les herbes sèches, déchire les arbres. La pluie tombe en grosses gouttes qui s'écrasent et éclatent sur le sol, les monts et les toits.

Le tonnerre omniprésent laisse transpercer les éclairs.

Les volets claquent.

Tout est noir d'orage, un orage terrifiant au coeur de la montagne. Il noie tout, embrase tout, submerge tout.

Il fait peur, terriblement peur.

Visions de fin du monde.

Un cri dans le noir de l'orage, dans la lumière de l'éclair où implore un visage humain, un visage éperdu.

Puis, imperceptiblement, les éclats s'éloignent ; les échos dans la montagnes se répercutent encore et encore, jusqu'à s'éteindre.

Le ciel assombri s'ouvre sur une nuée née d'un autre monde, enseveli.

La mélopée revient, s'écoule  dans la brume du souvenir qui en un cri devient larmes, larmes qui sans apaisement se recueillent, se font plus lointaines, plus intérieures, vives, dans le secret d'un coeur.

 

 

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Enregistrement réalisé sur un piano à queue Yamaha C6

au Grand Ecrin, à Malesherbes,

en novembre 2013.

Cette interprétation et ce texte sont sous licence Creative_Commons-by-nc-nd 2.0.